La rénovation de la police scientifique française
ou
La naissance des vrais « experts »

Aujourd'hui, la télévision nous sature littéralement d'émissions à la gloire des « experts », spécialistes de la police scientifique qui, en recueillant des micro-indices sur les lieux du crime, résolvent les doigts dans le nez les enquêtes criminelles les plus difficiles.
Et il apparaît évident, au vu de ces émissions, que ce concept d'« experts » est né aux Etats-Unis.
C'est une erreur : le premier « expert » a exercé en France entre 1982 et 1991, et a, à lui seul, largement contribué à rénover toute la police scientifique française.
Mais, étrangement, les autorités françaises semblent ne guère vouloir mettre en avant cette innovation. On dirait même qu'elles ont honte...


LE C.A.R.M.E.

En 1981, je viens de créer le C.A.R.M.E. (1), premier laboratoire privé du monde spécialisé en microanalyse, qui comptera bientôt une équipe pluridisciplinaire de 30 techniciens et ingénieurs de haut niveau. Le laboratoire devient rapidement célèbre en résolvant, pour le compte de sociétés privées et d’organismes publics, les problèmes les plus complexes dans des domaines tels que la biologie, l’électronique, la métallurgie, la chimie, la géologie, les oeuvres d’art, l’aéronautique, l’armement, la recherche médicale et bien d’autres encore.

Logo du C.A.R.M.E.

Logo du C.A.R.M.E.


LA D.S.T

La D.S.T. (2) est le service de contre-espionnage français.
Une de ses missions consiste à se documenter sur toutes les entreprises nationales susceptibles d'intéresser, pour une raison quelconque, les pays étrangers. C'est aussi d'informer les responsables scientifiques et économiques sur la façon de se protéger contre les risques d'espionnage et de pillages intellectuel et technologique.
A l'évidence, le C.A.R.M.E., qui travaillait beaucoup pour l'armée, faisait partie des organismes à hauts risques. Certains des dossiers que je détenais auraient fait le bonheur de bien des espions.
C'est pourquoi, dès le début de 1982, un inspecteur de l'antenne régionale de la D.S.T. vint frapper à la porte de mon bureau. Il avait pour cela deux excellentes raisons : la première consistait à accomplir son travail d'information ; la seconde était un problème à me soumettre.
La D.S.T., en effet, venait de « neutraliser » un agent de renseignement étranger, et avait découvert sur lui deux produits suspects, dont l'un se présentait sous forme de comprimés blancs portant sur une face le dessin d'un mortier de pharmacien, et sur l'autre l'inscription « Métaspirine ». La D.S.T. s'était donc adressée au laboratoire de la Préfecture de police de Paris qui, quelques semaines plus tard, confirma formellement que les fameux comprimés étaient bien constitués d'aspirine. Mais la D.S.T., instruite par des années de déconvenues quant à la qualité des laboratoires de police, doutait de la fiabilité du résultat, et me demandait d'effectuer une vérification.
Une heure plus tard, le M.E.B. (3) rendait son verdict : les comprimés ne contenaient pas un atome d'aspirine, mais un produit dont la composition était proche de celle d'un révélateur photographique.
L'analyse de l'autre produit me permit, au bout d'une semaine de travail, de déterminer que celui-ci et la fausse aspirine, mélangés dans des proportions bien précises, permettaient d'écrire sur papier des messages totalement indétectables par les moyens classiques. J'avais par la même occasion découvert un procédé pour révéler ces messages. Ce travail me vaudra une rarissime lettrele de remerciements du directeur de la D.S.T., datée du 30 juillet 1982, qui dit : « Monsieur, vous avez bien voulu faire procéder dans votre Centre à l'analyse de deux produits saisis dans une affaire de Contre-Espionnage traitée par ma Direction. Les résultats obtenus ont apporté des indications précieuses sur un moyen discret de communication employé par un agent de renseignement étranger neutralisé en France. La connaissance de ce procédé "d'écriture secrète" met, par ailleurs, mes Services en mesure de détecter de nouveaux agissements susceptibles de porter atteinte à notre Défense. Je tiens à vous exprimer ici toute ma gratitude pour votre collaboration et je vous transmets au nom de la Direction de la Surveillance du Territoire mes remerciements les plus vifs. (...) »

Lettre du directeur de la DST

Lettre du directeur de la DST


Ce premier résultat, qui marquera le début d'une amicale collaboration entre la D.S.T. et moi durant des années, me fit découvrir avec stupéfaction le niveau de vétusté des laboratoires de police.

ETAT DES LIEUX

En 1982, la police technique et scientifique (P.T.S.) française n’existe tout simplement plus.
lement créés en 1943 par le gouvernement de Vichy, les laboratoires de police sont théoriquement au nombre de cinq : Paris, Lille, Lyon, Toulouse et Marseille.
Théoriquement, car en 1982, si les murs des laboratoires existent bien, ils n’abritent pas grand chose ; le matériel est vétuste ou hors service, le personnel démoralisé, sous-payé, mal formé, aucune technique nouvelle n’est appliquée ou seulement étudiée depuis quarante ans. Le grand Locard (4) est mort et enterré, ne laissant aucun héritier intellectuel au ministère de l’Intérieur. Les laboratoires de police ne survivent qu’en broutant les lauriers fanés du passé. C’est la catastrophe, le désastre. La police technique et scientifique n’est plus qu’une épave qui surnage dans l’indifférence absolue de tous ceux qu’elle devrait pourtant intéresser au premier chef : le ministère de l’Intérieur, les magistrats, les avocats et, bien sûr, les justiciables (5).

PREMIERS PAS

La D.S.T., enchantée des résultats que je lui ai procurés dans plusieurs affaires, commence à diffuser dans le milieu judiciaire des informations sur les performances du C.A.R.M.E. et, de bouche à oreille, les premiers travaux me sont confiées par des magistrats embarrassés par des affaires impossibles à résoudre par les moyens traditionnels.
Dès 1983, la preuve est faite que le C.A.R.M.E. peut rendre service non seulement aux industriels en détresse, mais aussi aux magistrats et aux enquêteurs de la police et de la gendarmerie.
Car que trouve-t-on sur les lieux d’un crime ? De tout. N’importe quoi. L’écume matérielle de vies brisées à un moment donné par un évènement brutal et imprévu dont le lieu du crime recèle toujours des traces qu’il convient de découvrir puis d’exploiter. Le travail d’un enquêteur est intellectuellement très proche de celui d’un géologue : à partir des éléments qu’il découvre, essayer de déterminer les conditions qui régnaient dans un environnement donné à un moment donné dans un passé plus ou moins lointain.
Or, au C.A.R.M.E., je dispose déjà d’une équipe pluridisciplinaire dont les membres sont spécialisés en géologie, sédimentologie, métallurgie, biologie, chimie, oeuvres d’art et électronique.

LA MAIN TENDUE

Conscient de l’importance que représente un tel potentiel intellectuel, j’adresse le 10 novembre 1983 une lettre au professeur Ceccaldi (6) pour lui proposer ma collaboration. Il me répond fort aimablement en ces termes : « Aucun laboratoire de police n’étant en France doté d’un microscope électronique à balayage, ni d’une microsonde, il serait souhaitable d’envisager votre collaboration technique à l’étude de problèmes spécifiques ».

Lettre du Pr Ceccaldi

Lettre du Pr Ceccaldi


Fort de cet encouragement, j’écris le 13 janvier 1984 à Gaston Defferre (7) pour lui proposer d’effectuer « des analyses de poussières, de sols, d’ossements, de balles, de métaux, de micro-organismes, etc. » J’en profite pour lui demander rendez-vous afin de lui exposer en détail mon programme de rénovation de la police technique et scientifique française.
Six mois plus tard, je n’ai toujours pas de réponse.
Ce n’est qu’après l’intervention d’un député que je suis enfin reçu, non pas par le ministre mais par Georges Simonin, chef du service central de l’identité judiciaire. Celui-ci m’indique tout simplement qu’il ne dispose d’aucun pouvoir de décision ni de moyen d’action, mais que « de grandes choses se préparent », dont il avoue d'ailleurs tout ignorer, et que tout ce qu’il peut faire, c’est d’informer les laboratoires de police que j’existe. Néanmoins, il se déclare très intéressé par toutes les informations que je pourrais lui fournir sur mes activités du moment et mes projets.
Six jours plus tard, je lui adresse cinq exemplaires d’un épais dossier dans lequel j’expose toutes les applications de la microanalyse en criminalistique.
Simonin transmet aussitôt le document à Jacques Genthial, son supérieur hiérarchique, chargé de mission à la police scientifique.
En juillet 1984, Pierre Joxe succède à Gaston Defferre au poste de ministre de l'Intérieur, et Genthial décide de ne pas perdre de temps. Voici en effet comment, selon Joxe lui-même, germa l'idée du « plan de rénovation de la police scientifique » (8):
« Quand Pierre Joxe arrive Place Beauvau, (...) il entend parler de l'existence d'un rapport sur la police technique et scientifique. « Je l'ai lu d'une traite, dans la nuit, et le lendemain matin j'ai demandé à voir son auteur », raconte l'ancien ministre de l'Intérieur aujourd'hui membre du Conseil constitutionnel. Le flic en question se nomme Jacques Genthial. (...) A la fin de l'entretien avec son nouveau ministre, Jacques Genthial ressort bardé du titre de sous-directeur de la police technique et scientifique... et tout à créer. »
Eh oui, en 1984, Genthial a tout simplement signé mon projet de rénovation de la police scientifique française, et s'en est attribué la paternité.

Deux mois plus tard, Pierre Joxe jugelement « déprimant » l’état de la P.T.S. et lance à grand bruit son « projet de rénovation de la police scientifique ». Celui-ci reprend point par point tout ce que j'exposais dans mon rapport à Simonin.

Pour réaliser ce programme que j'offrais gracieusement, Joxe fait alors débloquer... 26 millions d'euros.

LE BLASON TERNI DE LA GENDARMERIE

A la même époque (1985), la gendarmerie a de gros problèmes : elle souffre encore des séquelles de l’affaire Grégory et, aux yeux de la population gorgée de télévision, le gendarme reste le simple serviteur des policiers, d’autant que l’inefficacité de son service de relations publiques ne fait rien pour corriger cette image.
Ainsi que l’écrit à l’époque le colonel Allouis : « Les indices de mécontentement (...) à la hausse en décembre 1984 (...) sont également la conséquence des résultats moyens obtenus sur le terrain et des polémiques qui ont accompagné certaines affaires récentes. »
Un beau jour de cette année-là, j’ai la surprise de voir arriver au C.A.R.M.E. un officier de gendarmerie. C’est le capitaine Laval, responsable de la section de recherches de Bordeaux.
Je découvre alors quelque chose que, comme la majorité des Français, j’ignorais totalement : la gendarmerie joue en fait le même rôle que la police dans les enquêtes criminelles, et dispose pour cela d’unités spécialisées : les sections de recherches, les brigades de recherches et même, dans les petites localités, les équipes de recherches
Les deux principales différences entre police et gendarmerie sont les suivantes :
- La police dépend du ministère de l’Intérieur et la gendarmerie du ministère des Armées ;
- Le secteur de la police est limité aux villes de plus de 10.000 habitants, tandis que celui de la gendarmerie s’étend à toutes les localités inférieures à ce nombre. En réalité, cette séparation est très théorique car, dans une enquête, les magistrats sont maîtres d’oeuvre et peuvent à leur gré confier l’affaire à la police ou à la gendarmerie.
J’apprends aussi que cette dernière souffre d’un grave handicap : elle ne dispose d’aucun laboratoire et doit confier l’analyse des indices matériels qu’elle collecte aux laboratoires de police, qui ne manifestent évidemment guère d’empressement à effectuer les travaux pour leurs concurrents directs. Dans ces conditions, il est évident qu’un laboratoire de pointe privé et indépendant serait le bienvenu pour la gendarmerie.

Laval et moi passons une après-midi entière ensemble. Il est enthousiasmé, prédit un grand avenir au C.A.R.M.E. et propose sa collaboration, notamment pour la fourniture de documents et d’échantillons de référence : munitions, résidus de tir, prélèvements réalisés lors d’autopsies, fiches dactyloscopiques (9), etc.
J’accepte avec enthousiasme.

Quelques jours plus tard, il revient, accompagné de plusieurs juges d’instruction en stage dans son service.

Or, il se trouve que deux d’entre eux ont sur les bras des affaires délicates que les méthodes traditionnelles de police technique ne permettent pas de résoudre. Ils me confient les expertises et, deux semaines plus tard, les résultats obtenus par le C.A.R.M.E. leur permettent de résoudre ces dossiers épineux, et évitent surtout deux erreurs judiciaires quasi inévitables.

LA BOULE DE NEIGE

Bientôt, il ne se passe guère une journée sans qu’un magistrat ne m’appelle pour me demander mon aide. Pour la D.G.G.N. qui, grâce au capitaine Laval, a découvert le C.A.R.M.E., celui-ci représente une fantastique opportunité pour redorer son blason.
Du jour au lendemain, la D.G.G.N. fait passer le message à toutes ses unités de recherches et, dans les affaires difficiles, saisit la moindre occasion d’informer les juges que désormais la gendarmerie travaille en collaboration étroite avec un laboratoire de haute technologie susceptible de résoudre scientifiquement les problèmes les plus épineux.

MICROANALYSE & CRIMINALISTIQUE

Les échantillons que je reçois désormais, ainsi que les dossiers que je suis amené à étudier, ne font que conforter le bilan de l’état de la police technique et scientifique française tel qu’il m’avait été brossé par la D.S.T. : il est désastreux. Non seulement les laboratoires interrégionaux de police scientifique sont techniquement dépassés, mais même si ce n’était pas le cas, le résultat serait identique. Car les meilleurs spécialistes du monde ne peuvent faire de l’excellent travail que si les échantillons soumis à leur sagacité sont de bonne qualité. Or les pièces à conviction que je reçois me posent presque toutes des problèmes car, prélevées n’importe comment, elles s’avèrent parfois inexploitables. Et pour une bonne raison : aucun enquêteur, qu’il soit policier ou gendarme, n’est formé aux techniques de prélèvements extrêmement méticuleuses exigées pour l’exploitation des scellés au microscope électronique. Ce qui, d’ailleurs, est logique, puisque la microanalyse est encore inconnue en France dans le domaine de la criminalistique.
Je décide donc de mettre au point toute une série de procédures à respecter scrupuleusement afin que les indices récoltés sur le terrain le soient dans les meilleures conditions possibles, c’est-à-dire sans pollution.
En décembre 1985, je publie un gros document (10) dans lequel j’explique, exemples à l’appui, ce qu’est la micro-analyse, la manière de collecter les indices et les précautions à prendre pour ne pas polluer les scènes de crimes.

J’y expose tout d’abord ce que j’appelle Les Trois Principes de Base de la Microanalyse :
1 - Il n’existe pas deux objets ou deux individus qui soient en tous points identiques ;
2 - Tout objet et/ou tout individu porte sur lui son curriculum vitae, les traces des évènements qu’il a vécus et celles des endroits où il a séjourné ;
3 - Deux objets ou deux individus entrant en contact l’un avec l’autre échangent des informations (11) .

Le second message que je fais passer est celui du Gel des Lieux : Empêcher quiconque d’accéder à la scène du crime, ou en faire sortir dès que possible tous les non spécialistes sans distinction de fonction ou de grade, puis attendre sans toucher à rien l’arrivée des spécialistes de terrain.

Le troisième message concerne la Non Pollution de la Scène de Crime par ces spécialistes eux-mêmes. Puisque tout homme modifie l’environnement dans lequel il évolue, les spécialistes de terrain doivent donc être revêtus d’une combinaison intégrale en plastique (non pelucheuse), porter un calot et des gants de chirurgien, et avoir enfilé des couvre-chaussures en plastique (12).

Je décris ensuite et explique l’utilisation du tamponnoir, petit ustensile tout simple que j’ai inventé, composé d’une pastille d’aluminium d’un centimètre de diamètre munie d’une queue de préhension et recouverte d’un adhésif double-face, lui-même protégé par une pellicule jetable qu’on enlève juste avant l’utilisation du tamponnoir.

Tamponnoir dans sa boîte     Description du tamponnoir     Tamponnoir en action

Tamponnoir dans sa boîte - Description du tamponnoir - Tamponnoir en action


Cette dernière enlevée, il suffit de promener le tamponnoir sur n’importe quel type d’objet ou de corps pour y recueillir toutes les particules superficielles qui s’y trouvent, y compris celles invisibles à l’oeil nu. Conçus pour être introduits ensuite directement dans le M.E.B., les tamponnoirs évitent tout risque de pollution entre l’instant du prélèvement et celui de leur étude au laboratoire. Une des principales applications du tamponnoir est la recherche de résidus de tir (traces de poudre, éléments de munition, etc.) sur les mains d’un cadavre ou d’un suspect.
Le brevet (13) du tamponnoir est déposé le 4 mars 1986.

Le brevet du tamponnoir - 1ère page

Le brevet du tamponnoir - 1ère page


J’énonce enfin ma théorie des Prélèvements Conservatoires, c’est-à-dire les prélèvements à réaliser systématiquement sur le terrain, lors d’une autopsie et sur le (ou les) suspect(s), en attendant que l’affaire s’éclaircisse... ou se complique. L’avantage des prélèvements conser-vatoires, c’est qu’ils sont réalisés immédiatement après la découverte des faits, autrement dit dans de bonnes conditions, et peuvent éventuellement être étudiés longtemps après s’il y a complément d’enquête ou rebondissement quelconque.
Parmi les prélèvements conservatoires systématiques figurent notamment la saisie des cheveux de la victime et de ses proches, le curage des ongles, le tamponnement des mains, la saisie des vêtements, de tous les objets ensanglantés, etc.

Mon ouvrage (fourni par moi gratuitement) est immédiatement diffusé par le capitaine Laval dans toutes les sections de recherches de France.

C’est une véritable bombe que je viens de lancer, et les gendarmes de terrain se jettent sur le document pour l’étudier avec passion.

LA VALISE P.P.M.

Conscient de l’immense dénuement dans lequel pataugent les enquêteurs, j’invente dans la foulée (décembre 1985) une petite mallette que je baptise Valise P.P.M. (14) contenant tous les accessoires et instruments indispensables pour réaliser dans d’excellentes conditions les prélèvements sur le terrain.

MA valise PPM     Valise PPM     Valises PPM destinées à la gendarmerie     Gendarmes utilisant la valise PPM

La valise PPM


LE VEHICULE D'INTERVENTION

Au début de 1987, considérant que 80 % des affaires au moins pourraient être quasiment résolues sur le terrain si des techniciens très qualifiés se rendaient sur place avec un minimum de matériel d'analyse, je conçois un véhicule d'intervention.
Celui-ci est un tout terrain Mercédès 230 à châssis long. Spécialement aménagé, il est équipé de multiples casiers de rangement, d'un évier, d'un réfrigérateur, d'une réserve d'eau, d'une table de travail et de lumières additionnelles. Le matériel embarqué est impressionnant : un laser de terrain américain (le premier introduit en France), un microscope optique, une loupe binoculaire, un groupe électrogène, une provision de valises P.P.M., des masques anti-odeurs, des révélateurs de drogue et d'explosifs, toutes sortes d'outils allant de la pelle pliante à la scie égoïne, une collection de combinaisons intégrales, de gants, de couvre-chaussures et de calots, du matériel photographique avec des films normaux et d'autres à développement instantané, un radio-téléphone, une sirène deux-tons, un gyrophare, etc.

Véhicule d'intervention     Camion labo 1989

Véhicule d'intervention - Camion labo 1989


Au salon Milipol de novembre 1987, ce véhicule sera salué par Le Figaro comme une des deux seules vraies innovations de la manifestation.

Article du Figaro

Article du Figaro


LES STAGES DE FORMATION

Bien entendu, pour que des échantillons de bonne qualité parviennent au laboratoire, il faut que les enquêteurs soient formés à ne pas polluer les lieux de crimes, et à effectuer des prélèvements dans les meilleures conditions possibles. J'organise donc des stages de formation et d'information (gratuits...) dans toute la France. Rien qu'entre mai 1985 et novembre 1989, ces derniers seront suivis par un minimum de 1464 policiers, gendarmes et magistrats (voir " annexe ").

Exhumation     Laser et gendarmes     Retour de mission

Exhumation - Laser et gendarmes - Retour de mission


Cette formation me vaudra de nombreux hommagess, les remerciements de la direction du C.P.P.J. (Centre de Perfectionnement de Police Judiciaire) de la gendarmerie de Fontainebleau et une jolie médaille.

Hommages du CPPJ     La médaille du CPPJ     Hommage divers     Dédicace de L.Chauveau

Hommages - Médaille - Dédicace


BILAN

De 1983 à 1991, le C.A.R.M.E. étudiera environ mille cinq cents affaires judiciaires avec un pourcentage de réussite de 93 % (15).
Dès la fin de 1985, on peut considérer que la rénovation de la police scientifique française est accomplie. La justice passe ainsi de la terrifiante religion de l'aveu à celle des preuves matérielles.
Les succès du C.A.R.M.E. dans la résolution des affaires criminelles les plus difficiles font souvent la « une » des journaux, et la réputation du laboratoire devient mondiale.

Titre de presse     Titre de presse     Titre de presse     Titres de presse     Titres de presse

Titres de presse


Les nouveaux locaux du laboratoire sont inaugurés en grande pompe le 5 avril 1987 par Jacques Valade, ministre de la Recherche et toutes les huiles de la police et de la gendarmerie se déplacent à cette occasion pour se gorger d'informations.

Hommage du ministre     Le ministre inaugure le C.A.R.M.E.     Les képis s'informent

Hommage du ministre - inauguration du C.A.R.M.E. - Les képis s'informent


Le C.A.R.M.E. servira même de faire-valoir dans un film de Lautner (L'invité surprise), dans lequel un acteur qui me ressemble vaguement joue mon rôle et utilise une valise P.P.M. sur les lieux du crime. Le laboratoire privé qu'il est supposé diriger ne s'appelle par le C.A.R.M.E., mais... le C.R.I.M.E. (Centre de Recherches et d'Investigations au Microscope Electronique).

L'invité surprise     L'invité surprise

L'invité surprise


On n'a jamais autant parlé de police scientifique en France...

Les dates parlent d'elles-mêmes : Le tableau qui suit montre que les principales méthodes et techniques utilisées aujourd'hui par la police et la gendarmerie avaient été inventées ou employées par le C.A.R.M.E. des années auparavant. Cette affirmation est facile à vérifier : il suffit de chercher dans les archives de presse si une seule invention de la police ou de la gendarmerie dans ces domaines est antérieure à 1982...

Ce tableau révèle également que beaucoup de ces techniques ont été abandonnées depuis la disparition de mon laboratoire.

TECHNIQUES & MOYENS C.A.R.M.E. POLICE GENDARMERIE
       
Microanalyse (M.E.B.) 1981 1987 1991
Exoscopie 1981 (-) (16) (-)
Analyse morphologique des cheveux 1982 (-) (-)
Technique de certitude (résidus de tir) 1982 1987 1991
Etude morphologique des traces de sang 1985 (-) (-)
Microdactyloscopie 1985 (-) (-)
Analyse morphométrique des cheveux 1985 (-) (-)
Tamponnoirs 1985 1987 (17) 1985 (18)
Manuel Microanalyse & Criminalistique 1985 (-) (-)
Prélèvements conservatoires 1985 (-) (-)
Spécialistes scènes de crime 1985 1990 1989
Valise de prélèvements 1985 (-) 1991
Laser de terrain 1986 (-) 1991
Manuel de terrain 1987 (-) (-)
Véhicule d'intervention 1987 (-) 1991
Analyse chimique des cheveux 1989 (-) (-)


Il est intéressant de noter que ce travail considérable fut réalisé par un homme seul et son équipe, à ses frais, sans qu'il en coûte un centime au contribuable.
Et non moins intéressant de rappeler que, pour copier purement et simplement ce que j'avais inventé et que j'offrais gratuitement, le ministère de l'Intérieur choisit de faire dépenser au même contribuable 26 millions d'euros, de contrefaire mes brevets et de couler mon laboratoire...
Alors comment voulez-vous, dans ces conditions, que les autorités françaises se vantent d'avoir été les premières au monde à utiliser un « expert »... alors qu'elles l'ont éliminé sans aucun scrupule ?

(1) Centre d'Applications et de Recherches en Microscopie Electronique. Implanté à La Teste, en Gironde. Pour en savoir plus sur l'histoire du laboratoire et la façon dont son élimination fut organisée méticuleusement par la police, la gendarmerie et la magistrature françaises, lire Micropolis.
(2) Direction de la Surveillance du Territoire (ministère de l'Intérieur)
(3) Le microscope électronique à balayage (M.E.B.) couplé à un microanalyseur-X permet d'observer les échantillons à des grandissements compris entre 5 fois et 200.000 fois, et de déterminer leur composition chimique.
(4) Edmond Locard (1877-1966), créateur du laboratoire de criminalistique de Lyon, fut le fondateur de la police scientifique moderne.
(5) Ce n'est que dix ans plus tard que je compris qu'en réalité cet état de fait arrangeait bien tout le monde : Les magistrats, de formation purement littéraire, pour lesquels un rapport d'expertise scientifique de haut niveau est difficilement compréhensible, et rogne incontestablement la toute-puissance de l'inconcevable mais traditionnelle intime conviction. Les avocats de la défense, mis en état d'infériorité devant des preuves matérielles établies. Les enquêteurs, pour lesquels la religion de l'aveu - souvent obtenu par la force - constituait une reposante facilité. Les experts eux-mêmes, souvent sans compétence particulière (il n'existe aucun contrôle ou examen pour l'obtention du titre d'expert), que leurs conclusions floues n'engageaient pas, et qui conduisaient fréquemment à des contre expertises tout aussi nébuleuses débouchant sur une confortable incertitude. Les jurés, supposés être un échantillonnage représentatif de la population - donc sans culture scientifique -, confrontés jusqu'alors à des données simples : l'aveu, les témoignages humains, les rapports des enquêteurs, le cornaquage du président de la Cour, les plaidoiries des avocats. Les accusés coupables, qui pouvaient se reposer entièrement sur le talent oratoire de leur avocat en l'absence de preuve matérielle et en revenant sur leurs aveux. Il n'y avait finalement que les innocents injustement accusés et leurs avocats que cette situation dérangeait... c'est-à-dire pas grand monde (en principe).
(6) Directeur du laboratoire de la préfecture de police de Paris.
(7) Ministre de l'Intérieur
(8) Olivia Recasens, Jean-Michel Décugis & Christophe Labbé - Place Beauvau - La face cachée de la police - Editions Robert Laffont (2006)
(9) C'est-à-dire fiches de relevés d'empreintes digitales.
(10) Microanalyse & Criminalistique, 131 pages, 101 photographies, 22 figures.
(11) Ce troisième principe avait déjà été énoncé par Locard... mais jamais exploité depuis sa mort !
(12) La fameuse tenue dont on voit les prétendus spécialistes de terrain de la police et de la gendarmerie revêtus depuis cette invention, mais dont ils se gardent bien de citer l'inventeur...
(13) Enregistré à l'Institut National de la Propriété Industrielle sous le n° 86 03121, et ensuite officiellement accordé avec la mention " Aucune antériorité n'a été relevée " (ce qui signifie que le tamponnoir constitue bel et bien une innovation méritant un brevet accordé par l'Etat).
(14) " Prélèvements Pour Microanalyse "
(15) Ce pourcentage signifiant que, dans 93 % des cas, le laboratoire a fourni au magistrat instructeur une réponse (positive ou négative) aux questions posées, et non pas (comme certains détracteurs ont voulu le faire croire) qu'à cause du C.A.R.M.E. les magistrats ont inculpé 93 % des suspects qui leur tombaient entre les mains !
(16) Jamais pratiquée par la police. Mais figure néanmoins dans le site internet du ministère de l'Intérieur en tant que méthode enseignée... par la police !
(17) Contrefaçon du brevet sur les tamponnoirs.
(18) Achat des tamponnoirs au C.A.R.M.E. jusqu'à sa disparition.